Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 07:56

Les pesticides : une pollution planétaire

Dans les pays industrialisés, la révolution verte des années 60 a considérablement augmenté la productivité agricole en jouant sur l'augmentation des surfaces cultivées, la mécanisation, la plantation de cultures sélectionnées et hybrides aux rendements plus élevés, le remembrement et la lutte contre toutes les nuisances.
Cette lutte passe notamment par le recours massif aux pesticides, qui sont des produits chimiques dangereux destinés à repousser ou tuer les rongeurs, champignons, maladies, insectes et "mauvaises herbes" qui fragilisent le mode de culture intensif.

Les pesticides ne sont pas seulement utilisés dans l'agriculture mais aussi dans le jardin du particulier, dans les parcs ouverts au public, pour l'entretien de la voirie, des voies ferrées, des aires de loisirs (golfs, hippodromes...).

Les pesticides sont des Polluants Organiques Persistants qui perdurent dans l'environnement, s'accumulent dans les graisses et sont, d'une manière générale, dangereux pour la santé : cancers, altération du système immunitaire, problèmes de reproduction...

Les pesticides touchent aussi massivement les zones rurales des PVD (Pays en Voie de Développement) où malformations, cancers, maladies congénitales, désordres du système nerveux déciment la population.

Définitions

Un pesticide est un produit chimique destiné originellement à la protection des cultures afin de lutter contre des tiers jugés nuisibles comme les parasites, mauvaises herbes, insectes et champignons.
Ainsi, on désigne par pesticide tout substance destinée à repousser, détruire ou combattre les ravageurs et les espèces indésirables de plantes ou d'animaux. Sont également inclus les régulateurs de croissance des plantes, les défoliants (pour faire tomber les feuilles), les dessicants (pour absorber l'humidité), les agents qui réduisent le nombre de fruits ou évitent leur chute précoce ainsi que les substances appliquéesavant ou après récolte pour conserver les produits pendant leur stockage et leur transport (Rapport d'information sur les pesticides - Assemblée Nationale, 02/06/2009)

D'un point de vue réglementaire européen, on distingue deux grandes catégories de pesticides :

  • les produits phytopharmaceutiques destinés à la protection des végétaux. Il en existe trois types : les herbicides, les fongicides et les insecticides.
  • les biocides destinés à la protection des éléments de construction (charpente) ou des animaux domestiques.

Les pesticides sont généralement classés en fonction de la cible qu'ils visent, on distingue ainsi :

  • les herbicides pour lutter contre les "mauvaises herbes"
  • les fongicides pour détruire les champignons, maladies virales et bactériennes
  • les insecticides pour tuer les insectes
  • les corvicides contre les oiseaux
  • les rodenticides pour lutter contre les taupes et les rongeurs
  • les mollusicides contre les limaces
  • les nématicides contre les nématodes (petits vers)
  • les régulateurs de croissance.

Les pesticides sont également regroupés en fonction de leurs composants actifs ou substance active : organochlorés (DDT, lindane...), triazines (atrazine, simazine...), acétamides (acetochlore, alachlore...)...
La substance active exerce une action générale ou spécifique sur les organismes nuisibles ou végétaux. L'agriculture française en utilise environ 500 qui entrent dans la composition de plus de 8000 produits commercialisés. Ceux-ci bénéficient d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) délivrée par le ministre chargé de l'agriculture, après une procédure d'évaluation du risque pour le consommateur, l'utilisateur et l'environnement.

Un produit phytosanitaire désigne un produit phytopharmaceutique et ses adjuvants (produit ajouté pour renforcer l'action de la substance active).

Historique

Avant la seconde Guerre Mondiale, les pesticides employés en agriculture étaient des dérivés de composés minéraux ou de plantes : arsenic, cuivre, zinc, manganèse, plomb, pyrèthre, roténone, sulfate de nicotine... que l'on retrouve en partie dans les cigarettes actuelles.
Les armes chimiques de la première Guerre Mondiale comme le gaz moutarde composé de chlore assura un nouveau débouché industriel pour les pesticides, une fois le conflit terminé.
Ainsi, les organochlorés firent leur apparition avec de nombreuses déclinaisons qui ont connu un énorme succès.

Parallèlement, l'encadrement réglementaire des pesticides date du 2 novembre 1943, validée par une ordonnance du 13 avril 1945. Aujourd'hui, en France, c'est essentiellement le droit communautaire qui fixe les grandes orientations legislatives.

Des Polluants Organiques Persistants

Tous les pesticides organochlorés de première génération sont des POP (Polluants Organiques Persistants) dont voici les principales caractéristiques :

  • ils perdurent dans l'environnement
  • ils s'accumulent dans les graisses et via la chaîne alimentaire notamment chez les super-prédateurs comme l'Homme
  • ils sont dispersés dans l'environnement via les courants atmosphériques et marins
  • ils sont dangereux pour la santé : cancers, altération du système immunitaire, problèmes de reproduction...

12 POP ont été recensés par le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) et interdits dans de nombreux pays comme l'Union Européenne (UE) et les Etats-Unis lors de la convention de Stockholm en mai 2001.
Bien que ces POP ne soient plus utilisés dans les pays industrialisés depuis plus de 20 ans, ils perdurent encore dans les écosystèmes et donc dans nos aliments.

De plus, les organochlorés interdits ont été remplacés par de nombreuses autres familles chimiques dont les organophosphorés moins persistant dans l'environnement mais plus toxiques.

Une consommation planétaire, le cas de la France

Depuis 40 ans, les pesticides touchent tous les pays et les capacités de production des pays en voie de développement sont en pleine expansion.
Ainsi, les pesticides touchent massivement les zones rurales des PVD (Pays en Voie de Développement) où malformations, cancers, maladies congénitales, désordres du système nerveux déciment une population qui souffre déjà de nombreux maux.
Même si les pulvérisations se font petit à petit de plus en plus rares, il demeure des stocks importants de pesticides périmés :

  • 100 000 t en Afrique et au Moyen-Orient
  • 200 000 t en Asie
  • 200 000 t en Europe de l'Est avec la Russie.

Trop souvent, les pesticides sont abandonnés à ciel ouvert...
Pourquoi de telles quantités ? Manque d'équipements, d'informations, achats et dons trop importants, corruption avec les producteurs occidentaux qui se débarrassent à bas prix de leurs stocks de pesticides interdits vers les PVD. Une ONG américaine a ainsi estimé en 1995-1996 que 14 tonnes de pesticides interdits aux Etats-Unis étaient exportés par jour vers le Pakistan et le Vénézuela (SMITH C., ROOT E., 1999).

Au niveau mondial, les ventes augmentent ainsi que la toxicité des produits vendus. Ceci conduit nécessairement à une pollution généralisée des écosystèmes de notre planète.

La consommation française de pesticides

En France, c'est l'Union des industries pour la protection des plantes (UIPP) qui fournit les données sur la vente des pesticides sur le territoire. En 2006, 71 600 tonnes ont été commercialisées dont 90 à 94% étaient destinées à l'agriculture, le reste se partageant équitablement entre les usages amateurs et les usages collectifs (voirie, SNCF...).
La France, première puissance agricole européenne, est particulièrement consommatrice de pesticides puisqu'elle est le premier marché européen de pesticides et le 4e, au plan mondial, derrière les Etats-Unis, le Brésil et le Japon.
L'évolution de la consommation en France montre une diminution des tonnages de substances actives vendues depuis la fin des années 90. Ainsi, 120 500 tonnes de substances actives étaient commercialisées en 1999 contre 71 600 tonnes en 2006, soit une diminution de plus de 40 %. Toutefois, en 2007, 77 300 tonnes de substances actives ont été vendues, une hausse qui s'expliquerait notamment par des conditions climatiques défavorables, propices aux maladies et à l'apparition de nouveaux insectes ravageurs.

La France est également le pays d'Europe qui a le plus de substances autorisées sur le marché : environ 380 début 2007 (Agritox, 08/2007).

La consommation des insecticides et des fongicides tend à stagner au contraire des herbicides comme le Roundup® qui progresse régulièrement.

Une réponse aux nouveaus insectes ravageurs

L'UIPP a souligné récemment, dans le cadre du groupe de travail "environnement" de la commission des affaires économiques de l'environnement et du territoire, que plus de 40 nouveaux insectes ravageurs ont été introduits en France entre 2000 et 2005. Ceci, notamment à cause du réchauffement climatique en cours.

Une pollution planétaire

Les résidus industriels chimiques et les pesticides sont transportés sur des milliers de kilomètres via le cycle de l'eau et les masses d'air comme en témoigne la contamination des Inuits du Grand Nord Canadien qui vivent pourtant de chasse et de pêche. Les bébés inuits nourris au sein développent jusqu'à quinze fois plus d'otites que ceux du Québec Sud (DEWAILLY E. et al, 2000).
En 1989, l'OMS estimait que les pesticides étaient à l'origine d'un million d'empoisonnements graves et de 220 000 morts par an dans le monde. En août 2007 la célèbre revue médicale "The Lancet" publie même une étude montrant que le suicide aux pesticides fait 300 000 morts par an dans les campagnes asiatiques. Les pays développés qui utilisent 80% des quantités de pesticides ne comptent que la moitié des cas d'intoxication.
Les troubles aigus concernent principalement les muqueuses, la peau, le système digestif et le système respiratoire.

Les pesticides présents dans tous les écosystèmes

Avec des décennies d'agriculture industrielle polluante, des millions de tonnes de pesticides ont été déversées sur les cultures en France, intégrant toutes les composantes de la biosphère : eau, sol, air, végétation, animaux et Homme.
Ainsi, 96% des eaux de surface et 61% des nappes phréatiques en contiennent (IFEN, 09/2006). Ce qui nuit à la qualité de l'eau potable au robinet, mais aussi à quelques eaux de sources et minérales vendues en bouteille.
La Concentration Maximale Admissible (CMA) pour les pesticides dans l'eau distribuée au robinet est de 0,1 µg/l/pesticide et de 0,5 µg/l pour tous les pesticides selon la réglementation européenne (directive 98/83/CE). Cette valeur est dépassée pour des millions de français chaque année (Ministère de la Santé).

L'eau de pluie et le brouillard peuvent contenir respectivement de 0,1 µg/l jusqu'à 14 µg/l de pesticides d'après des relevés de l'INRA (Environnement Magazine, 2000). Une étude d'AirParif de 2007 a même retrouvé une vingtaine de pesticides différents dans l'air de Paris !
En effet, lors de la pulvérisation sur les cultures, on estime que 25 à 75%, voire plus, des quantités se dispersent dans l'atmosphère.
On retrouve par conséquent des résidus de pesticides dans nos aliments comme en témoignent les chiffres suivants :

Les pesticides dans les zones non agricoles

Outre l'agriculture, de nombreux acteurs utilisent les pesticides, au coeur même de la ville et au sein de la population : gestionnaires des routes, des voies ferrées, paysagistes pour l'entretien des espaces verts et jardiniers amateurs !
A titre d'exemple, Réseau Ferré de France (RFF) doit désherber tous les ans 30 000 km de réseau ferré national, un coût de 60 millions d'euros par an, selon RFF.

Source : Union Européenne, DG SANCO, 2006
Pays % d'échantillons dépassant
les limites autorisées de résidus
% d'échantillons avec
résidus de pesticides
Hollande 14,7% 66,7%
France 5,8% 50,8%
Espagne 3,6% 35,6%
Allemagne 8% 61%
Italie 1,3% 33,3%
Moyenne UE +
Norvège, Lischtenstein et Islande
4,7% 44,4%

Or, les pesticides sont des produits chimiques destinés à tuer, il est donc assez logique qu'ils soient nocifs pour notre santé...

sourcelink

Partager cet article

Repost 0

commentaires